ANTARCTIQUE


Panique en Antarctique ! Les animaux affolés s'enfuient en masse à travers le continent glacé alors que partout un grondement sourd résonne... Soudain la banquise commence à trembler et à se déchirer ! Des glaciers explosent, concassant les rochers ! Partout des avalanches dévastatrices !…
Mais qu'est ce qui a provoqué cette véritable apocalypse ? Braconnage à la dynamite ? Excavations minières illégales ? Essais atomiques clandestins ?
Non, bien sûr, l'Antarctique demeure un sanctuaire protégé à ce jour.
Des témoins traumatisés en attestent, la réalité est bien plus effrayante :
Cet immonde, brutal et stupide manchot empereur (Aptenodytes forsteri) s'en prend encore à ce brave, placide et sympathique ours blanc (Ursus maritimus).

Ici le lecteur pourrait se scandaliser : comment osons-nous proposer à nos chères petites têtes blondes des histoires aussi invraisemblables ? Tout le monde le sait bien, on n'a jamais vu d'ours blanc au Pôle Sud !
Cela mérite une explication. Remontons à ce jour où, au Pôle Nord, un ours blanc se prélassait au bord de l'eau. C’était certes bien imprudent mais cet ours était très sceptique quant aux thèses sur le réchauffement climatique… toujours est-il que soudain, l'énorme morceau de glace sur lequel il se tenait s'est détaché de la banquise. Iceberg et plantigrade sont alors partis à la dérive, franchissant le détroit de Béring pour continuer vers le sud...

Lors de son périple dans l'océan Pacifique notre voyageur a pu contempler les côtes enfumées de l'Alaska, bordées de pétroliers majestueusement échoués. Puis il a admiré les prouesses de valeureux baleiniers et thoniers qu'il croisait. Franchissant l'équateur il a compté les reflets poétiques de la lune sur une myriade de sacs plastiques flottants. Plus loin il s'est émerveillé en voyant de spectaculaires champignons nucléaires au-dessus d'atolls paradisiaques dont il a pu étudier la faune phosphorescente…
À califourchon sur son glaçon, maigre vestige de l'iceberg du départ, l'ours blanc se lamentait de voir le monde en un si triste état… Quand une bise délicieusement glacée déposa sur sa truffe un flocon de neige. Scrutant l'horizon plein d'espoir, il vit soudain les côtes glacées de l'autre pôle !

Ce jour-là, un manchot empereur a assisté à un spectacle bien peu ordinaire : un ours blanc qui débarquant sur la banquise pour se mettre à danser de joie. Il croisa les nageoires, furieux : comment cette bestiole vulgaire osait-elle poser la patte chez lui ? Et puis tous ces poils dégoûtants ! Il allait en mettre partout ! Halte à l'invasion ! C'était décidé, il ne reculerait devant aucun moyen pour renvoyer l'intrus chez lui, à coups de palme dans le derrière !...

… Et si "Arctique" vient du grec Arktos qui désigne l'ours, "Antarctique" veut donc bien dire "ANTI-OURS", C'EST BIEN COMPRIS ?!?








Pourquoi tant de haine ?

Le manchot royal livre une guerre sans fin à l’ours blanc. Cette série se distingue des autres cartoons notamment par les motivations de ce belligérant : ici, on ne se livre pas à la chasse par loisir, pour obéir à ses instincts de prédateur ou par famine. Le manchot n’est pas poussé non plus à s’attaquer à l’ours blanc parce qu’il constituerait une gêne ou un obstacle quelconque dans sa vie quotidienne. Enfin, il n’est pas davantage motivé par un esprit farceur, sale gosse ou parce qu’il obéirait à sa nature d’être nuisible.
Ce qui motive sa haine est malheureusement bien plus banal dans la réalité : le rejet de l’autre, le refus d’accueillir l’étranger fût-il réfugié, la peur de l’invasion, bref ce manchot est un facho.
Partant de là, quoi que puisse entreprendre l'ours blanc, (construire une ourse de neige, faire du ski, vendre des glaces...) sera toujours un motif suffisant pour rendre le manchot furieux et le décider à entrer en guerre.

Autre singularité, la dynamique entre les personnages, très porteuse de gags : le rapport de taille entre l’ours blanc paisible et le manchot agressif est déjà amusant en soi. Mais en plus, des deux, c’est l’avorton le plus vindicatif. Il s’entêtera contre toute logique à provoquer et à porter des attaques directes et vaines sur le géant. Celui-ci, aussi placide qu’il soit, finit immanquablement par perdre patience et se débarrasse du manchot en l’écrasant d’un coup ou en l’expédiant sur orbite d’une pichenette.
Mais le manchot reviendra toujours à la charge, en employant des moyens toujours plus démesurés et machiavéliques, obligeant l’ours blanc, pourtant pacifiste, à entrer dans cette logique folle lui aussi.






Servir bien frappé

Ce cartoon, aussi fondu que le pôle Nord, est délibérément très minimaliste : épisodes courts, absence de dialogues et univers constant d’un épisode à l’autre.

Mais l’imagination ne doit pas être limitée par une banquise monotone.
Outre les manchots, on y trouve d’autres animaux du cru (otaries, phoques, orques…). Ils sont constitués en société, et bien que l’on n’en ait pas nécessairement une vision très globale, on peut néanmoins découvrir des éléments urbains (à la sauce pôle Sud) au gré des épisodes. Ainsi on peut assister à une altercation entre nos deux protagonistes dans les rayons d’un supermarché de glace, ou voir l’ours blanc tenter d’ouvrir un commerce, etc.
Sur le même schéma, les igloos qu’habitent nos héros paraissent des plus rudimentaires vus de l’extérieur, mais ouvrent sur de vastes pièces équipées de tout le confort moderne.






   


Sauvons la banquise !

Le voyage de l'ours blanc à travers tout le Pacifique sur son iceberg qui fond à vue d'œil pourrait être rappelé à chaque épisode grâce au générique.
L'intérêt d'une telle introduction est qu'elle présente sans la moindre ambiguïté le personnage de l’ours en tant que réfugié climatique (et rejeté comme tel) tout en décrivant son nouvel écosystème comme l’un des derniers sanctuaires de la planète et qu’il faut donc protéger à tout prix.
Cela permet également d'indiquer clairement que, loin de tout saupoudrage léger ou allusion discrète, la série aborde la question de l'écologie de manière très frontale. Pour autant, ce thème ne sera pas systématiquement l'objet de chaque épisode. De plus, l'esprit de la série étant absurde et totalement déjanté, on évitera l'écueil d'un ton moralisateur ou niais.

Régulièrement donc, des humains déboulent en fanfare dans l'univers de nos personnages afin de perpétrer des activités illégales en Antarctique : chasser le phoque, extraire combustible ou minerais, se débarrasser de fûts toxiques ou radioactif, etc.
Face à ces intrusions, les réactions de l'ours et du manchot sont très différentes. L'ours, dont on connaît l’histoire, est très sensibilisé aux catastrophes écologiques que peuvent causer les humains, et il tentera maladroitement de les empêcher de nuire. Le manchot au contraire n'est obnubilé que par sa guerre éternelle contre l'ours blanc, et s'il prête attention à ce qui peut se passer autour de lui, ce n'est que dans la mesure où il peut y puiser un nouveau moyen de nuire à son ennemi.
Ainsi, on pourra par exemple les voir se battre à coup de fûts radioactifs, entraînant chez eux épouvantables mutations ou superpouvoirs, ou bien se faire exploser des supertankers au bec, ou bien encore tenter de se transpercer mutuellement à l'aide de foreuses géantes…

Et si lors de la résolution des épisodes, les humains et leur matériel finissent le plus souvent en victimes collatérales de ces batailles épiques, il y aura bien davantage de catastrophes de grande ampleur que de happy ends véritables.